Preuve de sa précocité, Gianluigi Donnarumma semble faire partie des meubles et n’a pourtant que 22 ans. Après une révélation et une confirmation avec son club formateur, le Milan AC, puis la consécration à l’Euro avec l’Italie, le voilà au PSG. Retour sur le parcours et la personnalité de ce talent plutôt taiseux.
Il n’est jamais question d’âge avec Gianluigi Donnarumma. Le gardien tout juste vainqueur de l’Euro avec l’Italie et sacré meilleur joueur du tournoi après une nouvelle prestation de haute volée face à l’Angleterre en finale (1-1 a.p., 3-2 aux t.a.b.), performe au plus haut niveau depuis six ans déjà, et ce à seulement à 22 ans. Ses parades spectaculaires et ses manchettes en extension décisives réalisées avec la Squadra Azzurra ces dernières semaines ont marqué les esprits. Le clou du spectacle était néanmoins réservé à la finale.
Auteur de deux arrêts décisifs face aux hésitants frappeurs anglais, Donnarumma a délivré tout un pays, mais a en réalité sans doute été le dernier à s’en rendre compte. Pensant après sa parade face à Bukayo Saka qu’un de ses compatriotes devait encore convertir sa tentative afin de confirmer le succès italien, le portier transalpin n’a pas directement laissé éclater sa joie comme on aurait pu l’attendre. Tandis que ses coéquipiers et le staff de sa sélection sprintaient pour venir le congratuler, le dernier rempart de la Nazionale s’éloignait du but concentré et sans aucune réaction. Une scène cocasse de quelques secondes seulement qui restera dans les mémoires. « Je n’ai pas exulté sur le moment parce que je n’avais pas compris qu’on avait gagné. (…) Quand j’ai vu mes coéquipiers venir vers moi, j’ai compris qu’on avait gagné », racontera-t-il au micro de Sky Italia lors des festivités se déroulant le lendemain de cette folle soirée à Wembley.
En dépit du port d’un prénom tout sauf anodin pour un portier italien, le reliant bien sûr à un certain Gianluigi Buffon, Donnarumma a d’ores et déjà réussi à se faire un nom grâce à ses performances sur la pelouse. Au fil du parcours de la Squadra Azzurra, les médias transalpins ont peu à peu accentué la comparaison avec deux glorieux anciens, en l’occurrence Dino Zoff et Buffon, portiers légendaires des sélections italiennes précédemment sacrées lors de tournois majeurs (Euro 1968 et Coupes du Monde 1982 et 2006). Aux anges quelques minutes après le sacre de sa nation, le capitaine Giorgio Chiellini ne pouvait qu’appuyer ce clin d’œil du destin : « Je suis chanceux d’avoir joué avec Gigi Buffon, et maintenant c’est la même chose avec Gigio Donnarumma ! ». Réputé pour ne pas avoir froid aux yeux depuis ses débuts en professionnels, le jeune homme joue même de cette association très flatteuse et qu’il n’a sans doute pas fini d’entendre.
Une jeunesse en Campanie dans les pas de son grand frère, Antonio
Né dans une famille de sportifs, le petit Gianluigi, très vite surnommé « Gigio », trouve très rapidement sa vocation. Le natif de Castellammare di Stabia, paisible station balnéaire toute proche de la sulfureuse ville de Naples, découvre le football quelques années après son aîné au sein du petit club de sa ville, l’ASD Club Napoli 1974. Dès quatre ans, et sous l’œil affûté de son oncle Ernesto, le jeune « Gigio » suit de près son grand frère et modèle, Antonio, venu au monde neuf ans avant lui : il sera lui aussi gardien. Pourtant loin d’être le plus petit depuis ses débuts, Donnarumma reçoit un sérieux coup de pouce de la nature à l’adolescence, connaissant une croissance à vitesse grand V tout à fait compatible avec ses ambitions. Mesurant 1,90m à seulement onze ans, il oblige sa mère Marinella à prouver régulièrement son âge au bord de la pelouse. Au fil des années, son potentiel commence peu à peu à attirer les convoitises des plus grosses écuries de la Botte.
« C’est l’une de ses plus grandes forces. Tout lui glisse dessus, la parade superbe comme la grosse erreur, tout est effacé en deux secondes, rien ne le perturbe. », livrait l’un de ses formateurs à L’Équipe.
Repéré avec son petit club de Campanie et également courtisé par l’Inter, il choisit finalement de rejoindre le centre de formation de l’AC Milan en 2013. Le début d’une longue histoire avec les Rossoneri. Mauro Bianchessi, chef scout de l’AC Milan à l’époque et élément déclencheur de la venue de Donnarumma en Lombardie, confiait récemment à L’Équipe pourquoi il avait été tant séduit par ce jeune gardien longiligne : « Les capacités physiques et athlétiques impressionnantes, la rapidité malgré un physique aussi imposant, et une marge de progression qu’on devinait immense. Et puis, dans sa tête, il était très lucide. Il avait 13 ans mais le mental d’un gars de 25. Quand il est venu au siège du Milan signer son contrat, j’ai fait un pari avec Galliani. J’ai dit qu’il débuterait en Serie A avant ses 18 ans. J’ai gagné. » Et même très largement remporté ce pari puisque son poulain marquera l’histoire avec des débuts en Serie A inhabituellement précoces.
Un baptême du feu historiquement précoce avec le Milan AC
Après une séparation difficile avec sa famille, Donnarumma impressionne par la régularité de ses performances en catégories jeunes, puis lors de ses deux saisons avec la Primavera (l’équipe des moins de 19 ans) de l’AC Milan. Il enchaine en survolant l’Euro des moins de 17 ans disputé en Bulgarie, et ce malgré l’élimination de l’Italie dès les quarts de finale (0-3) face aux futurs champions français. Le prodige est récompensé de ses prestations par le trophée de meilleur gardien du tournoi, puis à son retour en club par sa promotion avec le groupe professionnel par Sinisa Mihajlovic à l’aube de l’exercice 2015-2016. Numéro 3 au départ derrière le vétéran Christian Abbiati et le titulaire espagnol, Diego López, Donnarumma profite des bévues de celui-ci.
Totalement séduit par le talent du nouveau joyau maison, le Serbe le titularise face à Sassuolo en Serie A le 25 octobre 2015. Milan s’impose 2-1 le jour où Donnarumma devient le plus jeune gardien à débuter dans l’élite italienne, à 16 ans et huit mois. Ce n’est que le début puisqu’au fil des mois et des matchs, le gamin prend de plus en plus confiance en lui et s’impose rapidement parmi les tout meilleurs à son poste. S’ensuit un choc des générations voire un passage de témoin au moment de son entrée en jeu à la place de Buffon en sélection à la mi-temps d’un match amical contre la France (1-3) à 17 ans, six mois et quatre jours. Son erreur sur le troisième but tricolore, marqué par Layvin Kurzawa, son nouveau coéquipier au PSG, ne préfigurera pas la suite de son histoire. À 22 ans, et avec plus de 280 matchs professionnels au compteur (251 disputés avec le Milan AC ainsi que 33 avec la Squadra Azzurra), Donnarumma a décidé de relever un nouveau défi au lieu de prolonger son contrat en Lombardie. Une prise de risque à son image.
Un nouveau défi avec le PSG
Proche de s’en aller en 2017, poussé par Mino Raiola, son truculent agent italien, le portier alors âgé de 18 ans poursuivra finalement l’aventure avec son club formateur au terme d’un long feuilleton. Sa prolongation de contrat le fait émarger à 6 millions d’euros par an et lui permet également de retrouver son frère Antonio, recruté en tant que troisième gardien afin de le satisfaire. Dans le dur la saison suivant cet été agité, Donnarumma continue par la suite à progresser, notamment sur son jeu au pied, son principal axe de travail. Au terme de la saison la plus aboutie de son club depuis son arrivée, terminant deuxième du championnat en 2020-2021, il décide de ne pas accepter l’offre de prolongation de contrat lui assurant une rémunération à hauteur de 8 millions d’euros et s’en va donc découvrir la Ligue 1 et la Ligue des Champions avec le PSG.
Pour cause, le club parisien, déjà sur les rangs à l’époque, avait de la suite dans les idées et a cette fois-ci réussi à convaincre le compatriote de Marco Verratti de rejoindre la capitale française. Bien aidé par la relation de proximité régnant entre Mino Raiola et Leonardo, son directeur sportif, et une proposition salariale bien plus avantageuse, le nonuple champion de France officialise son arrivée pour cinq ans le 14 juillet. Un choix qui déchaîne les passions outre-Alpes et fait ressurgir avec vigueur le peu reluisant surnom de « Dollarumma » lui ayant une première fois été attribué par des tifosis déçus de son attitude en 2017.
Avec ce nouveau chapitre à Paris, Donnarumma espère sans doute passer un cap et s’imposer dans les buts d’un prétendant annoncé au sacre en Ligue des Champions. Pour ce faire, le portier transalpin va devoir batailler. Il va en effet faire ses premiers pas en France dans une situation de concurrence élevée et jusqu’alors inconnue le concernant. Keylor Navas, irréprochable la saison passée et prolongé jusqu’en juin 2024 en avril dernier, n’a pas dit son dernier mot et défendra ardemment sa place dans le but parisien. Mauricio Pochettino devra réussir à manager les egos durant -a minima- quelques mois et tout faire pour contenter au maximum deux grands compétiteurs. Reste à voir la manière dont réagira l’Italien, et de quelle nature sera sa relation avec son nouveau collègue de travail. Donnarumma n’a pas l’air d’être le genre de jeune homme, mais aussi de joueur, prêt à attendre bien longtemps que vienne son tour !
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